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Le maïs fait partie du patrimoine européen

L’histoire du maïs depuis ses origines révèle à quel point les craintes, voire les fantasmes, mais aussi les espoirs liés à cette culture sont présents depuis son introduction en Europe.

> Le maïs et l’Homme, des destins indissociables
> Première culture produite au monde
> Introduit en Europe au XVème siècle
> Une plante pleine d’atouts
> Essor depuis les années 1930

Le maïs et l’Homme, des destins indissociables

Céréale originaire du continent américain, le maïs a désormais son destin indissociablement lié à l’homme. La dispersion géographique et la diversification génétique du maïs dans tous les biotopes du Nouveau Monde avant sa découverte prépare sa conquête planétaire. Tout au long de son histoire, ce sont les paysans qui l’ont façonné, transformé, adapté à leurs besoins. Le maïs est la base nutritionnelle et économique des civilisations précolombiennes qui l’ont déifié. Son introduction puis son développement en Europe a suscité espoir, progrès mais aussi réticences. Son arrivée coïncide avec l’essor économique, le développement des échanges, le recul des famines, l’élévation du niveau de vie. Le maïs, grâce à sa productivité notamment, a contribué à cette accélération.

Première culture produite au monde

Relancé par l’hybridation au XXème siècle, le maïs est aujourd’hui la première plante produite dans le monde avec 860 millions de tonnes en 2011 et 175 millions d’hectares cultivés. Ses qualités « natives », le travail patient de sélection végétale commencé il y a 9000 ans, sa variabilité génétique et la multiplicité de ses utilisations expliquent ce succès. A chaque étape de son histoire, ce sont les paysans eux-mêmes qui ont imposé le changement, car le maïs apportait un progrès sans bouleverser leur système de production. Contrairement d’ailleurs à une idée répandue, les agriculteurs demeurent des acteurs actifs du progrès génétique, par leurs choix variétaux, le mode de production qu’ils ont choisi.  Comme au temps de la domestication des céréales, l’agriculteur s’adresse à ses fournisseurs comme il s’adressait jadis à la Nature.

Introduit en Europe au XVème siècle

Comme la plupart des plantes originaires du Nouveau Monde (dont les plus connues sont la pomme de terre, la tomate, le tabac, la vanille, la courge, le tournesol… la liste est longue) le maïs a été introduit en Europe par les grands explorateurs du XVe et du XVIe siècle. Réveillant une Europe encore plongée dans la stagnation et connaissant les famines : l’or, l’argent et les nouvelles cultures importées des « Indes occidentales » ont coïncidé avec le décollage économique de l’Occident, ces plantes nouvelles ont profité de la dynamique de la Renaissance en Europe, le réveil des Sciences et la diffusion rapide des idées permise par l’imprimerie. La diffusion est d’abord rapide avec les maïs d’Amérique centrale, à partir de Séville en remontant les côtes  méditerranéennes et atlantiques jusqu’à Barcelone et le nord du Portugal et par le commerce maritime jusqu’à Rome, le nord de l’Espagne et surtout Venise. En 1600 le maïs n’est vraiment cultivé qu’en Espagne et en Italie ; il  commence à être « apprivoisé » dans les jardins plus au nord avec des formes génétiques plus mélangées pendant le XVIème siècle.

La France adopte le maïs au XVIIème siècle. La première mention certaine de la présence du maïs comme culture se situe dans la Bresse dans un acte notarié de Montpont en 1612 et dans les mercuriales de Louhans en 1625 sous le nom de Turquis (nom qu’il porte encore dans le patois Bressan). Le maïs se répand à peu près simultanément et rapidement dans le Sud-Ouest français. A la fin du XVIIe siècle, le maïs est cultivé dans tout le Sud-Ouest, de Bayonne à Béziers, de St. Gaudens au Poitou. Il s’installe notamment au cours des graves crises frumentaires, des années de disette. Le maïs devient alors la nourriture des paysans grâce à sa productivité supérieure à celle du froment et sa régularité de rendement car il supporte très bien les printemps et les étés humides, les fonds de vallée où les blés versent. A ce stade, nous observons que, limité par le climat, le maïs a occupé dès le XVIIe siècle les plaines du Sud-Ouest et les vallées continentales de l’Est de la France,  ce qui correspond  encore aujourd’hui aux zones d’excellence de la culture.

Au XVIIIème siècle, le maïs poursuit son expansion en Europe, vers l’Autriche et l’Europe centrale à partir de l’Italie ainsi que dans les vallées continentales françaises jusqu’en Alsace. Il s’affirme dans le Grand Sud-Ouest comme une culture majeure avec le soutien éclairé des physiocrates qui en font une propagande intense dont le modèle reste le célèbre mémoire d’Antoine Parmentier, pharmacien et agronome français, en réponse à un sujet de l’Académie de Bordeaux (1785) : «  Le Maïs ou blé de Turquie  apprécié sous tous ses rapports ». Le maïs est accompagné par le progrès du matériel agricole : charrue, semoir mécanique à alvéoles, égreneuse, systèmes de ventilations des grains décrits dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et dans de nombreux traités sur les maïs au début du XIXème siècle.

Une plante pleine d’atouts

De nombreux atouts du maïs sont relevés par les contemporains et les savants du XVIIe siècle :

- Le principal argument avancé est le rendement d’emblée en moyenne 50 % supérieur au froment, céréale de référence ;

- Ensuite, la multiplicité de ses utilisations : le grain pour les volailles, les canards, mais aussi les cochons jusqu’ici nourris avec des glands sur les espaces communs du village. Les feuilles et les tiges prélevées à partir de la floraison sont pour le bétail. Le maïs, culture vivrière et plante à tout faire, s’installe donc d’abord dans les jardins aux côtés des légumes pour nourrir les hommes et les animaux de « basse-cour ».

- Sur le plan agronomique, le maïs supporte la culture dans les vallées humides, les sols hydromorphes, les sols lourds, les parcelles inondables où les autres cultures ne peuvent se développer. Sur le plan agronomique encore, la nouveauté des plantes sarclées (semées en ligne comme chez les Incas), permet de les désherber à la main  en utilisant l’abondante main d’œuvre familiale tout en garantissant (contrairement aux cultures semées  à la volée) l’absence de mauvaises herbes concurrentes.  Les plantes sarclées permettent donc de « nettoyer » la parcelle de ses mauvaises herbes dans l’assolement.

- L’argument fiscal n’est pas étranger au succès des cultures nouvelles : classé dans les « menus grains »  comme le sarrasin ou le millet, le maïs échappe à la dîme au début de son introduction dans le paysage agraire.

Au milieu du XIXème siècle, de nombreux traités décrivent précisément l’itinéraire de culture recommandé pour le maïs et, comme dans le Mémoire de Parmentier, fourmillent de conseils détaillés pour ses utilisations gastronomiques. De son introduction en Europe jusqu’à la fin du XIXème siècle, les méthodes de culture et les rendements du maïs évoluent peu, restant dans la continuité des méthodes utilisées par les Amérindiens avant la conquête. En 1840, les premières statistiques agricoles nationales évaluent le rendement moyen à 8.5 q/ha pour 632 000 ha cultivés. En 1938, la France enregistrera le rendement « record » de 18 q/ha (le rendement moyen du Blé est de 11.5 q/ha en 1930). A partir du milieu du XIX e siècle jusqu’en 1925, le progrès génétique des populations de maïs (aujourd’hui mythifiées sous le nom de variétés anciennes), est estimé à 0.01 q/ha/an soit 100 fois moins rapide qu’aujourd’hui. Il faudra attendre l’arrivée des hybrides après la Seconde Guerre mondiale pour que les rendements redécollent enfin, les surfaces de même, et que le maïs franchisse la Loire.

Essor depuis les années 1930

Le renouveau de la culture commence dans les années 1930 par l’organisation syndicale des producteurs avec la création à Orthez en 1934 de l’Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM) qui relance la recherche expérimentale. C’est le plan Marshall qui permet l’introduction à partir de 1948 d’hybrides américains testés simultanément dans une douzaine de stations expérimentales françaises. Des champs d’expérimentation sont mis en place, les hybrides américains sont comparés aux populations de pays. Comme au XVIème siècle, on apprivoise de nouveau ces maïs venus d’Amérique, on passe des champs d’expérimentation aux champs de démonstration. Le couronnement symbolique de cette relation croisée entre l’Amérique et l’Europe sera l’œuvre de l’INRA en 1957 avec la création des premiers hybrides français en croisant une lignée américaine (tardive) et une lignée française (précoce) nommée F2 créée à partir d’une population de maïs d’altitude des monts de Lacaune dans le Tarn, lointaine descendante elle-même d’un maïs introduit au XVIIème siècle.

Le résultat est que le rendement moyen français qui est encore de 14 q/ha (sur 300 000 ha), en 1948 double en 1960 (28 q sur 600 000 ha) puis double  encore en 1980, et a atteint enfin en 2011, 105 q/ha de moyenne sur 1.5 million d’hectares mettant la France dans le peloton de tête dans le monde pour la technicité et les performances de la culture du maïs grain. A partir des années 1970, la « révolution fourragère » ajoute en 15 ans une surface équivalente (1.5 million d’ha) de maïs fourrage.  Le maïs ensilé plante entière est aujourd’hui le pilier des systèmes fourragers et alimente 70 % des vaches laitières françaises.

Ainsi le maïs, par son histoire, témoigne de son enracinement ancien dans la culture agraire européenne. Plante d’origine américaine la plus rapidement et la plus largement introduite sur le vieux continent, le maïs y a accompagné et permis les progrès agricoles depuis quatre siècles. Par son ancrage ancien dans de nombreux terroirs, il appartient autant sur le plan cultural  que culturel au patrimoine français et européen.

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Le maïs était considéré comme un dieu dans les civilisations précolombiennes
La sélection du maïs a commencé il y a 9000 ans
Le maïs est cultivé en France depuis le 17e siècle
Le maïs se cultive partout
Le rendement moyen français est passé de 14 q/ha en 1948 à 97 q/ha en 2012
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